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Les blogs 2016 qui inspirent les femmes actives
5 janvier 2014 7 05 /01 /janvier /2014 23:10

 La légende raconte que la petite robe noire est sortie de l'imagination de Coco Chanel, devenue dès lors un vêtement culte. Mais bien qu'elle ait participé à son histoire, ce n'est pas vraiment elle qui l'a créée. Je vous propose aujourd'hui de découvrir la véritable histoire de la petite robe noire, à travers la presse féminine de l'époque.

 

Coco-Chanel--1937--Photography--Boris-Lipnitzki--Copyright-.jpgCoco Chanel par Boris Lipnitzki -  1937


 

Une robe de deuil

 

Des années 1920, on se souvient de la gaieté et de l'insouciance des tourbillonantes Années folles, mais on oublie trop souvent qu'elles s'inscrivent juste après une guerre terrible, traumatisante pour les Français.

Et en fait, l'origine de la petite robe noire prend véritablement sa source à partir d'un événement funeste, loin du glamour de la légende.

  La-gloire-de-Steinlen-c-RMN--Musee-d-Orsay--.png

"La gloire" de Steinlen

 

L'histoire commence donc il y a un peu plus d'un siècle, au moment de la Grande Guerre de 1914-18.

Cette guerre dévastatrice a touché toutes les familles de France, et les femmes portent le deuil des proches qu'elles ont perdu, revêtant la traditionnelle robe noire.

« La guerre qui a ravagé l'Europe a couvert la France de voiles de veuves et de mères : les règles du deuil sont d'une telle sévérité dans notre pays que, surtout dans les provinces où les familles sont nombreuses, c'était vraiment un spectacle tragique et émouvant de ne rencontrer que des femmes en noir. »(1)

 

Robes-de-deuil-fev-1917---Les-elegances-parisie-copie-3.jpgRobes de deuil - février 1917 (Les élégances parisiennes)

 

Et par pudeur, par sollicitude, même celles qui n'étaient pas directement touchées par la mort d'un proche, portaient des vêtements sombres. « A cette époque si tragique, plus de la moitié de la France eut à porter le deuil d'un être cher, mort ou disparu. Celles qui furent épargnées eurent alors un geste de sensibilité charmante. Devant tant de deuil et de misère, elles mirent une sorte de délicatesse à vouloir voiler et rendre plus discret l'éclat devenu presque impudique de leus cheveux, de leurs yeux, dans un halo sombre et comme étouffer l'appel à la joie et à la vie de tout leur être jeune qui protestait malgré elles ».(2)

 

Robes-de-deuil---Les-elegances-parisiennes-avril-1916.jpg

Robes de deuil - avril 1916 (Les élégances parisiennes)

 

La robe noire, alors réservée au deuil, envahit les garde-robes des Françaises et va se généraliser les années suivantes, échappant au seul usage du deuil pour être portée au quotidien, tant le jour que le soir, et devenir bientôt un symbole de l'élégance. Deux raisons expliquent cette évolution.

 

La première, dans une France dévastée par la guerre, est l'argent. « Une raison d'ordre purement économique intervient aussi pour la plupart d'entre elles. Le prix des étoffes, de la main d'oeuvre, est devenu exhorbitant, et a considérablement fait monter le prix des robes. On se fatigue assez vite d'un modèle en couleur alors qu'une robe noire ne marque pas et peut se porter indéfiniment si la ligne en est bien étudiée. 

« Quand on songe qu'avec un simple fourreau de satin noir, une femme peut maintenant faire face à toutes les exigences d'une vie mondaine en faisant confectionner quatre ou cinq de ces adorables tuniques si simples, si souples et si seyantes, on n'en peut croire ses yeux. Elle pourra avec ce fourreau, porter une jaquette très longue, descendant jusqu'à l'ourlet de la jupe ou une cape assortie composant ainsi un ensemble pour l'après-midi. Le soir, pour dîner et aller au théâtre, si elle n'a pas le temps de changer de robe, elle revêtira simplement une autre tunique transparente et plus décolletée que celle de l'après-midi.»(2)

 

Vogue-juillet-1923.jpgJuillet 1923 (Vogue)

 

La seconde raison est que les femmes prirent goût à se vêtir de noir. « Avant tout, et c'est certes une condition nécessaire et même suffisante, elles savent que le noir est seyant ! Il prête aux femmes un charme un peu plus mystérieux peut-être, mais ajoute aussi un caractère de grande distinction à l'élégance et à la silhouette féminine. »(2)

 

Ainsi, la robe noire portée comme une robe de deuil après la guerre deviendra en quelques années l'élément incontournable d'une garde-robe élégante, la favorite de la mode féminine.

 

Vogue-1922---Robes-Jenny-et-Francis.jpg Robes de Jenny et de Francis - 1922 (Vogue)

 

 

Une robe d'élégance

 

Les robes noires gagnent les pages des magazines de mode parmi les robes colorées, en tant que symbole de distinction et d'élégance. Mais certains le regrettent, n'y voyant là qu'un triste uniforme.

Au début des années 1920, beaucoup le déplorent : « Pourquoi tant de femmes en noir ? Pour les robes de soirée le noir domine ; de sorte que les soirées ont quasi l'air de veillées funèbres.”(3) 

 

Vogue-1922.jpg1922 (Vogue)


Des couturiers tentent de réintroduire des couleurs plus vives dans les collections, mais les Françaises ne sont pas prêtes à renoncer à leurs robes sombres. « Aujourd'hui, nous avons déjà fêté par trois fois le retour à la paix et pourtant les femmes semblent décidées à conserver l'uniforme noir, tout au moins pour le jour. 

« Les couturiers firent pourtant au début de cette saison un gros effort pour détrôner le noir. Les premières collections nous présentèrent les modèles dans les plus joyeux coloris : de jolis tons fushias, acajous, vieux rouges ou pourpres. La Parisienne s'effaroucha et le modèle choisi fut commandé en noir. Aussi, à toutes les plus élégantes réunions mondaines, au moins celles de la journée, la note générale est restée sombre, du marrron et du gris par exception, mais le noir est demeuré prédominant. Un des plus jeunes dessinateurs de la couture, Alex, de la maison Beer, nous déclare que devant le peu de faveur que rencontre la collection en couleurs qu'il avait essayé d'imposer tout à fait au début de la saison, il dut ajouter plus de vingt-cinq robes noires pour satisfaire à la demande de sa clientèle parisienne. »(2)


Robe-de-Jenny---Vogue-1922.jpg

Robe de Jenny - 1922 (Vogue)


En un même temps, les femmes désirent plus de variété dans leurs tenues. Les soieries et les crêpes noirs s'enrichissent de franges de soie, de bandes de fourrure ou de velours noir. Pour égayer les robes noires, il est d'ailleurs d'usage, cette saison, de les broder ou de les doubler d'un ton vif, bleu électrique, vert lumière, ou de les attacher par des agrafes de joaillerie ou des ceintures de perles multicolores.” (4)

Et puis, sans délaisser leur robe noire, des femmes choisissent quelques pièces de la couleur en vogue du moment. C'est ainsi qu' «elle cessera seulement, cette inévitable robe noire, d'être un uniforme, pour marquer simplement un choix personnel.”(4)

 

Toilettes-parisiennes-ete-1924.png

Eté 1924 (Toilettes parisiennes)


En 1923 et 1924, le retour des couleurs est bien marqué, mais la robe noire conserve une bonne place dans toutes les collections. Elle se pare avec raffinement, ornée de rubans, ou brodée de dessins blancs, gris argent, beige ou rose pastel. Le blanc s'associe au noir, avec le col de la robe, ou un chapeau blanc, et la mondaine élégante se permet comme seule garniture “un cordon de perles blanches”.(5)

 

Toilettes parisiennes oct 24-copie-1

Octobre 1924 (Toilettes parisiennes)


Les robes d'après-midi restent sobres, mais pour le soir, le noir est apprécié, “à condition qu'une pluie de strass ou qu'une dentelle d'or ou d'argent en éclaire la sombre beauté. La robe noire qui fut notre préférée pendant si longtemps, la robe sans garniture et sans broderie semble à présent mélancolique et elle qui fut de toutes les splendeurs est devenue – ô notre ingratitude – un trouble-fête.”(6)

 

Toilettes-parisiennes-1923-1924-copie-1.png

1923-1924 (Toilettes parisiennes)

 

Toilettes-parisiennes-nov-1923-.png

Novembre 1923 (Toilettes parisiennes)

 

 

La favorite

 

A partir de 1925, les collections offrent une grande richesse de coloris, avec toujours des robes noires. Il regagne d'ailleurs sa place au premier rang de l'élégance.(7)

 

 

Vogue-04-1926-Chanel-copie-1.jpg

Robes de Chanel - avril 1926

 

Robe-de-sport-James-novembre-1925.jpgRobe de sport James - novembre 1925


On trouve désormais des robes noires pour toutes les occasions. Des robes noires pour le sport, celles que les femmes portent le matin, décontractées et très simples. Des robes noires pour le jour, portées l'après-midi, plus habillées. Enfin, des robes noires pour le soir, plus riches et sophistiquées.

 

 

Robes-Vionnet-et-Lelong---Vogue-1926.jpg

Robes de Madeleine Vionnet et de Lucien Lelong - 1926 (Vogue)


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1926 (La femme de France)

 

Robes-Jane-et-Germaine-Lecomte---Vogue-nov-1926.jpg

Robes de Jane et de Germaine Lecomte -  novembre 1926 (Vogue)

 

La-femme-de-France-printemps-1925.jpg

Printemps 1925 (La femme de France)


Toutefois, on veille “à en corriger la sévérité en le rehaussant de couleurs vives : bleu strident, vert-acide, rouge-coquelicot ou violet-fushia”(8), ou bien en l'accompagnant “d'une couleur tendre qui l'affranchit de toute idée de deuil.” (9). On trouve également beaucoup d'ensembles noir et blanc.

 

Vogue-03-26.jpg

  Mars 1926 (Vogue)

 

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Robes de Georges et Janin - novembre 1926 (Vogue)

 

En 1927, la vogue de la petite robe noire se poursuit, s'affirmant plus encore. Le noir est célébré pour de bon, loin de l'idée du deuil qu'il symbolisait quelques années plus tôt.

« Le noir est de nouveau grand favori, mais fût-il jamais vraiment en disgrâce ? On ne saurait se passer de la petite robe noire si sobre, si pratique et si élégante en même temps. Du reste, quand elle s'égaye d'une fleur à l'épaule ou à la taille, ou d'une écharpe claire, ou d'un collier de grosses perles, elle est aussi jeune qu'une robe de couleur claire.”(10)

 


Vogue-avril-27-Vionnet.jpg

Rode de Madeleine Vionnet - avril 1927 (Vogue)

  La-Femme-de-France-1927-copie-1.jpg

1927 (La femme de France)

   

Dans les années 1930, la robe noire est désormais considérée comme un passe-partout par beaucoup de femmes, convenant aussi bien pour le jour que pour le soir. “Inaperçue, séduisante, pratique et toujours seyante, elle est évidemment d'un usage plus complet que la robe de couleur.”(11)

On peut lire en 1933 : “La robe noire, toujours belle, toujours poétique, rehaussée par le port, l'allure, la perfection de la coiffure, du teint, du maquillage …, restera, cet hiver, la robe la plus recherchée. Il sera aisé d'en relever la sévérité par des mantelets de tissu métallique, de souples écharpes de velours, des colliers de fleurs ou des bijoux originaux. En velours, en satin ou en taffetas, elle aura un égal succès.”(12)

 

Robe-LouiseBoulanger---Vogue-1927-copie-1.jpg

Robe de LouiseBoulanger - 1927 (Vogue)

 

 

Chanel et la petite robe noire

 

Gabrielle Chanel fait son entrée dans cette histoire en 1926.

En novembre, Gabrielle Chanel présente une petite robe noire dans le numéro parisien de Vogue, la robe par laquelle naîtra la légende. C'est une jolie robe noire, très simple, relativement courte, aux manches longues et aux lignes en diagonale modernes et raffinées, dans le style art déco.

 

Vogue-Chanel-nov-1926-copie-1.jpgRobe de Chanel - novembre 1926


« La ligne simple ». « Cette robe en crêpe de Chine noir est le modèle type de Chanel : sobre, s'adaptant aisément aux circonstances, et d'une élégance impeccable dans sa simplicité. » Voici la légende de l'image publiée dans Vogue.(13) 

 

Dans le contexte de la mode parisienne de l'époque, ce modèle survient parmi de nombreux modèles de robes noires, caractérisées par leur simplicité et leur modernité. Depuis l'année précédente, les petites robes, toutes plus simples et raffinées, sont en première ligne.

 

Robes-Jean-Patou-et-Lucien-Lelong-juin-1926---Vogue.jpg

Robes de Jean Patou et de Lucien Lelong -  juin 1926 (Vogue)


Dans ce même numéro de Vogue, la fameuse robe paraît aux côtés de petites robes similaires créées par ses confrères. On peut d'ailleurs lire dans une autre page du même numéro, que « la robe noire fait partie de toutes les garde-robes ». La fameuse robe de Chanel est donc à ce moment loin d'être une révolution.

 

Vogue-Drecoll-nov-1926-copie-1.jpg

 Robe noire de Drecoll, publiée dans Vogue sur la même double page que celle de Chanel


Vogue-07-26-Molyneux-copie-1.jpg

Robe de Molyneux - juillet 1926 (Vogue)

 

Un élément important de la célébrité de la robe de Chanel est un commentaire publié dans le Vogue américain en octobre.

Le magazine, qui avait à l'époque pour habitude de commenter la mode parisienne, consacra quelques lignes à la petite robe de Chanel. Mais rien de très enthousiaste dans cet article, qui ne fait d'ailleurs pas sensation. Car dans l'Amérique des Années folles, cette robe simple et sobre n'est pas du tout du goût de la flapper insouciante de 1926, qui, si elle en possédait déjà une, la réservait pour les enterrements.

Cependant, l'auteur de cet article pressent le succès futur de la petite robe noire dans son pays. En l'appelant la “robe Ford de Chanel”, il la compare à la Ford T. Cette célèbre automobile fut la première voiture accessible au plus grand nombre, fabriquée en grande série, une voiture qu'Henry Ford voulait universelle. La petite robe noire était donc évoquée comme « une sorte d'uniforme de la femme moderne, celle que le monde entier porterait ».


1910Ford-T.jpg

La Ford T(1910)


Mais ce ne sera qu'avec la crise de 1929 et ses impératifs de rigueur et d'économie, que la popularité de la petite robe noire traversera l'Atlantique. Imposée par la suite par les stars du cinéma, ce type de robe deviendra un “must-have” dès le milieu des années 1930.


 

La petite robe noire et Chanel

 

La célèbre robe de Chanel fut un élément marquant dans l'histoire de la petite robe noire. On peut se demander pourquoi ce modèle s'est finalement distingué parmi les nombreux modèles présentés à la même époque. Ces quelques mots publiés dans le Vogue américain ont-ils suffi à attribuer la création de la petite robe noire à Coco Chanel ?

 

Comme nous l'avons vu, la popularité de la robe noire est née de la généralisation du deuil après la guerre. S'imposant peu à peu, la robe traditionnelle de deuil s'est transformée en quelques années en un symbole de l'élégance , celle qu'on appellera désormais “la petite robe noire”.

 

De nombreux couturiers, parmi lesquels Gabrielle Chanel, ont participé à cette évolution et à l'avènement de ce vêtement.

Dans un même courant, ces couturiers privilégient l'élégance, la simplicité et le confort, éléments recherchés par la femme moderne, face au mouvement plus sophistiqué mené par Poiret.

 

Chanel-1929.jpgGabrielle Chanel - 1929

 

Dès le début, Chanel a su adapter le style de sa maison à la réalité des femmes de son temps. Elle donne à ses collections des lignes simples, avec des vêtements confortables, qui n'entravent pas les mouvements. Elle s'inspire pour cela des vêtements masculins et des coupes sportives. Elle se rapproche des tenues des femmes rencontrées dans la rue. Elle utilise des tissus différents, comme le jersey, emprunté aux sous-vêtements masculins. Avec ces éléments pratiques, pour ne pas dire communs, Chanel interprète à sa manière le style de la rue, et elle crée ses collections de Haute couture, avec un style basé sur l'élégance et la modernité, pouvant s'adapter à toutes les femmes et convenir aux réalités de l'époque. A côté des vêtements de jour, elle dessine aussi de superbes ensembles pour le soir, très féminins, avec des tissus plus riches, plus transparents, de la dentelle, des broderies, mais elle reste toujours sobre.

 

Chanel-1928.jpg

Gabrielle Chanel - 1928

 

Sa conception du vêtement féminin influence de façon importante les années 1920.

Mais sa particularité surtout, c'est qu'elle symbolisait cette évolution, par sa personnalité et son style personnel. Elle incarne la femme moderne, active et éprise de liberté.


Sa robe dessinée en 1926 est un vêtement adapté à la réalité des femmes de son temps, en adéquation avec leurs besoins et leurs désirs.

« Cette robe en crêpe de Chine noir est le modèle type de Chanel : sobre, s'adaptant aisément aux circonstances, et d'une élégance impeccable dans sa simplicité. »(4)

Les mots écrits dans la version américaine de Vogue viendront souligner l'importance du rôle joué par  la couturière dans cette histoire.

 

Chanel n'a donc pas créé seule la petite robe noire, mais c'est elle sans doute qui l'a le mieux représentée.

 

Coco-Chanel.-Man-Ray--1930.jpegGabrielle Chanel par Man Ray - 1930

 

« Sans rien vouloir enlever à Chanel, il faut dire que la grande couturière n’a pas inventé la petite robe noire. Mademoiselle a été un génie du marketing : elle s’est approprié un vêtement que beaucoup de femmes avaient déjà adopté à l’époque, et elle l’a transformé en symbole d’élégance et de modernité. Chanel a eu le génie d’incarner cette tenue : elle, la femme émancipée et moderne, a mis le chic dans la robe noire. »(14)

 

Mais l'histoire ne s'arrête pas là, et la petite robe noire continuera son évolution au fil des décennies, suivant celle de la mode et celle des femmes.

 

  Audrey--Hepburn--Breakfast-at-Tiffany-s--copie-1.jpg

Audrey  Hepburn - 1961(Breakfast at Tiffany's)


 

Sources :

(les textes et images des magazines Vogue, La femme de France, Toilette parisiennes et Les élégances parisiennes sont issus du site gallica.bnf.fr de la Bibliothèque nationale de France)

(1) Vogue - novembre 1922

(2) Vogue - janvier 1922

(3) La femme de France - mai 1921

(4) La femme de France - septembre 1921

(5) Toilettes parisiennes - septembre 1924

(6) La femme de France - mars 1924

(7) Toilettes parisiennes - juillet 1925

(8) La femme de France - mai 1925

(9) La femme de France - janvier 1926

(10) La femme de France - mai 1927

(11) La Femme de France - décembre 1932

(12) La femme de France - décembre 1933

(13) Vogue - novembre 1926

(14) Propos de Karen Van Godtsenhoven, conservatrice au MoMu, musée de la mode d'Anvers, recueillis par Maria Grazia Meda

 

 


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Published by Mélanie - dans Histoires de mode
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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 17:46

--Gaines-MAGICIA-1938--.png


Au milieu des années 1930, le corset n'existe plus, y compris dans le vocabulaire. « Le mot est périmé ». « Seule la gaine convient aux robes modernes, la gaine sans une seule baleine, laissant au corps toute sa souplesse, mais amincissant la ligne grâce à des tissus remarquablement étudiés » (7)

La-Cinegaine-Claverie-Femina-1935-.png


La "Cinégaine" Claverie (1935, Fémina)

 

« Il n'est pas d'élégante qui ne porte gaine ou ceinture avec soutien gorge pour idéaliser et affiner sa silhouette »(8). Car « une ligne mince et onduleuse est à la base de toutes les nouvelles robes dont les découpes, les plis et les drapés suivent la silhouette et soulignent les formes féminines au maximum »(9).

 

--Les-Gaines-CLAVERIE---saison-Nouvelle---1936-.pngPublicité 1936

 

Gaine-et-soutien-gorge-Scandale-1937-Femina.pngGaine et soutien-gorge Scandale - 1937, Fémina

 

Gaine--Moins-que-rien--Scandale-1938-Femina.pngLa gaine "Moins que rien" Scandale - Publicité 1938

 

La silhouette poursuit ses transformations. La taille s'amenuise et le buste redevient plus opulent. La lingerie souligne la taille, maintient et remonte le buste et colle aux hanches (9).

On trouve à cet effet deux éléments de lingerie gainante.

La longue gaine est essentiellement utilisée pour le soir. « Elle enserre le corps, supprimant le moindre relief, le plus petit bourrelet que les robes actuelles souligneraient fâcheusement »(10). Par un habile mélange de satin et de tissu élastique, la gaine permet aux velours souples, aux crêpes, aux satins de suivre les formes(11). La poitrine est moulée par une étoffe plus légère, voile triple, mousseline ou fine dentelle (9).

Pour la journée, le deux-pièces lui est préféré, avec la ceinture gaine, simple ceinture ou ceinture-culotte,  complétée du soutien-gorge. La ceinture souple, en tricot élastique dans les deux sens, est appréciée pour le sport, à la danse et aux randonnées, aplatissant les hanches et les cuisses tout en laissant à la taille sa souplesse (11, 9). Cette gaine, souvent moitié flanelle souple moitié tricot-élastique, permet de « braver la neige tout en restant mince » (12).

 

Gaines-1935-Femina-2.jpg

A gauche : Une longue gaine Margaret en satin extensible pour les robes sans épaulettes. La jaretelle, spécialement étudiée, ne marque pas sous la robe du soir ; le soutien-gorge est en dentelle et sans bretelles.

A droite : Une très longue gaine Charmis en satin et caoutchouc, ce dernier formant les panneaux de côté. Le haut en tulle, formant soutien-gorge, est très décolleté dans le dos.

(1935, Fémina)


Gaines-1935-Femina-1.jpg

A gauche : Une gaine Janine en satin caoutchouté  pour porter avec les robes sans épaulettes. La coupe savante et le baleinage habile de la taille permettent le soutien-gorge sans bretelles.

A droite : Une gaine Marguerite Sacrez en tissu spécial extensible dans tous les sens. Cette gaine admirablement ajustée amincit la taille et peut être portée sans soutien-gorge.

(1935, Fémina)

 

Ceinture-et-soutien-gorge---gaine-1935-Femina.jpg

A gauche (Georges) : Un soutien-gorge en dentelle et soie caoutchoutée dont les coutures permettent de mouler très exactement la taille ; ce soutien-gorge rejoint la ceinture caoutchoutée qui fait corps avec lui.

A droite : Une gaine Occulta en tulle élastique tissé lastex dont le haut en crochet forme soutien-gorge. On remarquera au bas de la gaine une incrustation en pointe qui permet un ajustage parfait.

(1935, Fémina)

 

Ceinture-culotte-et-ceinture-1935-Femina.jpg

A gauche (Gloriane) : Un soutien-gorge pour le soir en marquisette, tissu plus transparent que le tulle, et une ceinture-culotte en batiste granitée extensible. Cette ceinture se ferme en haut et sur le côté par un système d'agrafes.

A droite (Kestos) : Un soutien-gorge de tulle indéformable et une ceinture en satin extensible, combinée pour permettre une très grande liberté de mouvement. Cette ceinture est plus basse dans le dos que devant.

(1935, Fémina)

Gaines-pour-le-soir-1936-Femina.png

Gaines pour le soir (1936, Fémina)

 

Lingerie-pour-le-soir-1936-Femina.jpg

Lingerie gainante pour le soir (1936, Fémina), de gauche à droite :

Une gaine de Janine en batiste caoutchoutée. Elle est très montante devant, décolletée dans le dos, et moule absolument le corps : baleinage invisible.

Un ensemble de Charmis : soutien-gorge en tulle, ceinture en tissu caoutchouté et satin.

Vue de dos, une gaine du soir Laure Belin en satin et dentelle caoutchoutée.

 

Lingerie-gainante-pour-le-sport-1936.jpg


Lingerie gainante pour le sport (1936, Fémina), de gauche à droite :

Un soutien-gorge en satin et une culotte en tulle caoutchouté de Laure Belin. Une fermeture éclair placée sur les côtés permet une plus grande souplesse pour les sports.

Une ceinture-culotte Marguerite Sacrez, très courte en tissu spécial pouvant convenir pour le sport et pour la danse.

Pour le sport, Laure Belin fait cette gaine en flanelle écossaise et lainage caoutchouté extensible. Le soutien-gorge brassière très ajusté se boutonne dans le dos.

 

Gaines-Charmis-1937.jpgPublicité 1937

 

Gaines-1937-Femina-2.jpg

De gauche à droite (1937, Fémina) :

Gaine-culotte de Vonny en mélange de dentelle extensible et de dentelle rigide.

Culotte Gloriane en batiste élastique et batiste brochée rose.

Pour le soir, une gaine Janine sans épaulettes invisible sous la robe.

Une culotte courte de Janine pour le ski en tulle élastique et satin pouvant se porter sans bas et sous un pantalon.

Une gaine Occulta en tissu compact avec plastron en batiste lastexavec "Fermeture Eclair".

 

Gaines-1937-Femina.jpg De gauche à droite (1937, Fémina) :

Une gaine culotte de Vonny en tricotine extensible moule le corps en restant très souple. On y remarque un minimum de coutures.

Une gaine culotte de Marguerite Sacrez sans épaulettes maintient admirablement la poitrine grâce à sa coupe.

Toute en tissu inédit ne glissant, la gaine de Marguerite Sacrez est sans épaulettes, mais elle marque très bien la poitrine.

A côté, Vonny montre un soutien-gorge-gaine-culotte en moire inextensible, merveilleusement ajustée.

 

 

Gaines-1938-Femina.jpg

De gauche à droite (1938, Fémina) :

Chez Cadolle, la ceinture est en satin caoutchouté ; le soutien-gorge en dentelle se boutonne sur la ceinture.

Chez Grisina, la gaine soutien-gorgeest en soie et tulle caoutchouté avec bretelles mobiles.

Chez Charmis, une gaine culotte pour le sport en satin et tulle caoutchouté.

 

Gaines-1938-Femina-2.jpgA gauche : Une gaine maillot Vonny pour le ski, en jersey de laine, montant très haut et terminée par un col côtelé à fermeture éclair.

A droite : Pour le sport, Laure Belin fait une ceinture et un soutien-gorge en flanelle écossaise et tulle caoutchouté.

(1938, Fémina)

 

Gaines-1938-Femina-3.jpg

 De gauche à droite (1938, Fémina) :

La gaine maillot de Vonny vue de dos. Elle laisse le dos entièrement nu, sauf le col fermé sur le côté par une fermeture éclair.

Le dos de la gaine culotte de Charmis très décolleté et montrant la disposition des bretelles entrecroisées dans le dos.

Un soutien-gorge corselet en marquisette, satin extensible et dentelle se portant sans épaulettes.

 

Gaines-1938-Femina-5.jpg
De gauche à droite (1938, Fémina) :

UN deux-pièces composé d'une ceinture en tricot Roussel avec bande de satin sur les côtés et d'un soutien-gorge en dentelle et tricot élastique descendant sur la ceinture.

Une gaine du soir Berthe Barbeiros en satin ; le tissu est entièrement travaillé en biais de façon à mouler le corps ; épaulettes en strass ; le décolleté est très accentué dans le dos.

Une ceinture de Janine, très montante en avant et très décolletée dans le dos en batiste caoutchoutée ; fermeture dans le dos et soutien-gorge indépendant en tulle et batiste.


  Gaines-1938-Femina-4.jpg

De gauche à droite (1938, Fémina) :

Une ceinture Occulta en tulle élastique tissé lastex et un soutien-gorge de tulle.

Une ceinture de Kestos en caoutchouc et batiste très haute devant et descendant assez bas dans le dos. Le soutien-gorge est en batiste façonnée.

Une ceinture de Marguerite Sacrez, très longue en dentelle élastique travaillée en biais et moulant bien lecorps, elle est plus haute en avant et emboîte la taille.

 

 

--Gaine-Charmereine---1938.pngPublicité 1938


 

--Gaines-M.-GLASER-1939-.png

Publicité 1939

 

--Les-Gaines-CLAVERIE---Robes-d-ete---1939.png

Publicité 1939

 

 

Sources :

 

Se vêtir : art et histoire de plaire, par Jean-Louis Clade, Editions Cabedita, 2008

An intimate affair : women, lingerie and sexuality, Ed. University of California Press, 2007

Les secrets de la mode, par Yann Kerlau, Editions Perrin, 2013

Force et beauté, par Gilbert Andrieu, éditions Presses Universitaires de Bordeaux, 1992

Histoire de la lingerie, par Chantal Thomass et Catherine Örmen, Editions Perrin, 2009

 

Image 1 :  Publicité 1938

 

(1) Avril 1923 Les Modes

(2) Avril 1921 La Femme de France

(3) Février 1922 La Femme de France

(4) Juin 1923 La Femme de France

(5) Avril 1930 La Femme de France

(6) Août 1932 Fémina

(7) Février 1934 Fémina

(8) Juin 1935 La femme de France

(9) Novembre 1935 Les Modes

(10) Novembre 1935 Les Modes

(11) Février 1935 Fémina

(12) Février 1936 Fémina

 

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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 17:59

SCANDALE GAINE LINGERIE DE 1937

 

Au début des années 1930, le corset devenu gaine est devenu l'accessoire indispensable de la toilette féminine. 

 

Gaine-Parabere-1931.jpg

Publicité 1931 - Les Modes


En 1930, les robes marquent la taille et la poitrine. Les robes sont ajustées et dessinent les lignes du corps. « Le laisser-aller n'est plus toléré » (5).

La gaine n'est encore souvent qu'en simple ruban, le soutien-gorge en dentelle légère. Tout en finesse en comparaison au corset, son tissu n'a pas encore la souplesse qu'apporteront les nouveaux textiles les années suivantes.

 

 

--Corset-Gaine-M.-Glaser-Nouveau-1931---.png

Publicité 1931


Gaines-1931-Les-Modes.jpg

De gauche à droite (1931, Les Modes)  :

Ariane, corset en satin uni ou tissu à dessins modernes avec application de caoutchouc sur les hanches, "pour vos robes 1930 vous adopterez ce corset qui donnera à votre silhouette la distinction et l'aisance que vous aimez".

Diane, gaine en batiste ou étamine légère, à la gorge de dentelle, "union intime du corset et du soutien-gorge, légère et souple".

Sylvie, Ceinture qui se fait en tous tissus, "montante et amincissante, c'est la ceinture rêvée pour obtenir sans être en rien gênée, la ligne actuelle".


Gaines-1932-Les-Dimanches-de-la-Femme.jpgDe gauche à droite (1932, La Femme de France) :

Gaine Charmis en satin rose, bandes de caoutchouc sur les côtés. Le soutien-gorge séparé est en dentelle du ton.

Gaine de Mademoiselle Hortense en satin rose, formant soutien-gorge en tulle rose.

 

Gaine-Cadolle-incrustee-de-dentelle-1935-Les-Modes.jpgGaine Cadolle (1935, Les Modes)

 

La confection de la lingerie gainante sera transformée avec l'apparition du Lastex. Cette fibre créée à l'aube des années 1930 permettra la fabrication d'un tricot élastique, utilisé dans la corseterie dès 1931.

 

--Gaines---files-Lastex-qui-donnent-la-vie-1934--copie-1.png

Publicité 1934


Le Lastex est un fil très fin de latex, prélevé sur l'hévéa, puis recouvert de textile, qui peut être du coton ou de la soie, laine ou rayonne. Il donne ainsi au tissu une élasticité alliant finesse, souplesse et confort, tout en lui conférant une fonction gainante, et ouvre ainsi aux couturiers de nouvelles possibilités.

 

--Gaines-Anthex-file-Lastex-1934--.png

Publicité 1934

 

« La souple gaine en tricot élastique » marque une bonne fois pour toute la fin de la torture du baleinage, fin qui se révèle «  non pas une mode, mais une évolution qui va de pair et compagnie avec l'auto d'hier et l'avion de demain ». Toutes les réminiscences de la mode « seront sans force » « contre la volonté très nette de la femme moderne qui veut être à l'aise dans sa ceinture, pouvoir jouer au golf, sauter dans une auto de course, ou tout simplement … ô rigueur des temps ! Dans un autobus»(6).

 

--Gaine-Warner---Gant-en-Youthlastic-1934--.pngPublicité 1934

 

La gaine Scandale en tissu élastique commercialisée en 1933 par la société Occulta connaît un tel succès que l'entreprise changera son nom pour celui de Scandale. Très rapidement cette gaine gagne toute la France, et toutes les femmes l'adoptent.

 

Occulta-1935-copie-1.pngPublicité 1935

 

SCANDALE-OCCULTA-LINGERIE-GAINE-CEINTURE-DE-1935.pngPublicité 1935

 


Scandale-1938.png

Publicité 1938


Dès lors, les marques proposant ce type de gaine se multiplient, inondant les revues de leurs publicités, en vantant chacune les mérites les plus prometteurs. Scandale « conserve à la femme la silhouette de ses vingt ans », Glaser « procure à la femme élégante et soucieuse de bien-être la véritable ligne féminine », Roussel «laisse à la femme sa pleine liberté de mouvements et la maintient d'une façon rationnelle, en moulant son corps et en lui donnant une ligne élégante de toute beauté ». 

 

--Gaines-Hollywood---1935-----P.8---Lafleche-Freres.pngPublicité 1935

 

Gaines-Claverie-1935-Les-Modes.png

Publicité 1935 - Les Modes



Publicité 1937

 

 

 

Sources :

 

Se vêtir : art et histoire de plaire, par Jean-Louis Clade, Editions Cabedita, 2008

An intimate affair : women, lingerie and sexuality, Ed. University of California Press, 2007

Les secrets de la mode, par Yann Kerlau, Editions Perrin, 2013

Force et beauté, par Gilbert Andrieu, éditions Presses Universitaires de Bordeaux, 1992

Histoire de la lingerie, par Chantal Thomass et Catherine Örmen, Editions Perrin, 2009

 

Image 1 : Publicité 1937

 

(1) Avril 1923 Les Modes

(2) Avril 1921 La Femme de France

(3) Février 1922 La Femme de France

(4) Juin 1923 La Femme de France

(5) Avril 1930 La Femme de France

(6) Août 1932 Fémina

(7) Février 1934 Fémina

(8) Juin 1935 La femme de France

(9) Novembre 1935 Les Modes

(10) Novembre 1935 Les Modes

(11) Février 1935 Fémina

(12) Février 1936 Fémina

 

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26 mai 2013 7 26 /05 /mai /2013 17:30

 

--La-Gaine-ALPHA---1930--.png  

La gaine. Ce sous-vêtement au nom désuet retrouve un certain succès depuis plusieurs années maintenant.

Pour moi, la gaine évoque ce dessous que ma grand-mère portait sous la combinaison, elle qui, jeune fille dans les années trente, lui resta fidèle durant de longues décennies.

 

Les premières gaines firent leur apparition dans les années 1920, en remplacement du rigide corset.

Mais c'est dans les années 1930 que la gaine gagne sa popularité, entraînant la disparition définitive du corset, grâce à l'invention d'une nouvelle fibre, le Lastex.

 

Avec la naissance de la gaine apparaîtront également le soutien-gorge et l'ébauche de la culotte.

 

Elle évoluera au fil des décennies suivantes, jusqu'à disparaître progressivement à partir des années 1960. La lingerie gainante connaît sa fin dans les années 1970 avec la libération des corps. La voici de retour avec les années 2000.

 

Ceinture-gaine-Claverie-1923-Les-Modes-copie-3.png
Publicité 1923 - Les Modes

 

La gaine, tout comme le corset, répond au besoin de soutenir la taille, de galber le corps, en sculptant les formes féminines. Car à cette époque, on était encore persuadé que le corps de la femme devait être maintenu, leurs organes abdominaux soutenus, sous peine de laisser-aller.

 

Mais la gaine répond également à l'évolution de la mode d'après-guerre, dont les nouvelles robes légères viennent épouser les lignes du corps, sans l'intermédiaire des jupons, des fonds de jupe ou des fonds de corsage, ne tolérant pas la moindre baleine ni le plus mince lacet.

Paul Poiret est un acteur essentiel dans l'apparition de la gaine. Tout comme Madeleine Vionnet, il souhaite pour les femmes une silhouette plus fine, portant des robes aux lignes fluides. Couturier en vogue, il souhaite pour les femmes des vêtements plus près du corps, et pour cela il souhaite qu'elles soient libérées du corset.

 

Pour remplacer le corset, c'est donc la gaine, plus souple et agréable à porter, qui est adoptée, associée au soutien-gorge, souvent complétée par le porte-jarretelles qui remplace les jarretières pour maintenir les bas.

Tandis que le corset enserrait le corps au moyen de lacets et de baleines métalliques, la gaine enveloppe la taille et les hanches, aplatissant le ventre, grâce à de larges bandes latérales de tissu souple, placées soit au niveau des hanches, soit du ventre et du dos. Ce procédé, par sa finesse, évite les surépaisseurs.

 

La gaine répond parfaitement à ces nouveaux besoins : elle modèle le corps féminin pour le rendre parfait, svelte et mince, tout en lui conservant sa souplesse et sa liberté de mouvements et en la laissant respirer. Il s'agit là d'une étape importante dans la libération du corps de la femme.

« On se demande comment les femmes ont pu vivre des siècles, torturées dans des corsets de fer, emprisonnées dans des corsages bardés de baleines et bourrés de toiles raides»(1).

 

 

Les années 1920

 

Au début des années vingt apparaît un nouveau sous-vêtement , présenté comme un nouveau corset : le corset-gaine.

 

Corset-gaine-1921-La-Femme-de-France-.png

Corset en satin rose, qui "gaine le corps strictement, mais sans raideur, 

comme l'exige la mode nouvelle" (1921, La Femme de France)


Il s'agit d'une sorte de corset très souple, sans baleines métalliques, une «gaine de jersey caoutchouté, sans laçage et dans laquelle on se glisse par les pieds »(1)

Souple si on le compare au corset rigide, il apporte confort et souplesse, « soutenant la taille sans l'étreindre »(2), « l'indiquant sans la contraindre »(3). C'est « un corset moderne qui ne ressemble en rien aux carcans baleinés d'autrefois. Il conserve au corps sa souplesse et sa ligne jolie. Sur une gaine fine mais laissant au corps toute sa souplesse, vous porterez des robes d'une exquise élégance, à la coupe infiniment simple»(4).

 

Corset-gaine-Le-reve-Claverie-1923-La-femme-de-France.jpg

Publicité 1923 - La Femme de France

 

La gaine répond à la mode d'une silhouette amincie et allongée, à l'opposé de la forme sablier et très cambrée donnée par le corset d'autrefois. Elle gomme les formes féminines, depuis les hanches jusqu'à la poitrine, s'accordant à la silhouette androgyne de la Garçonne.

 

Corset-1923-Femina-.pngC'est un "corset moderne qui ne ressemble en rien aux carcans baleinés d'autrefois. En joli broché, très

dégagé du haut, fort enveloppant du bas, il est à peine baleiné et conserve au corps sa souplesse

et sa ligne jolie" (1923, La Femme de France)

 

Au même moment avec la disparition du corset, sont apparues la ceinture et la ceinture-culotte, qui précèdera la culotte montante. La ceinture reste au niveau des hanches et de l'abdomen, sans atteindre la taille, contrairement à la gaine qui enveloppe le corps jusqu'en dessous de la poitrine.

 

Ceintures-gaines-1927-Les-Modes.jpg

Ceintures gaines d'Hortense Geldreich (1927, Les Modes)

 

Gaines-d-Hortense-Geldreich-1927-Les-Modes.pngGaines d'Hortense Geldreich (1927, Les Modes)

 

A la fin des années 1920, le corset redevient nécessaire pour adapter la silhouette aux nouvelles modes, mais bien sûr sous la forme de la gaine, car les femmes ne reviendraient pour rien au monde au carcan baleiné qu'elles ne supporteraient plus.

En effet, la mode se modifie profondément et avec elle la silhouette, qui retrouve plus de féminité. Les jupes s'allongent et la taille s'affine. La gaine, prolongée par le soutien-gorge, fixe cette ligne nouvelle, moulant parfaitement les formes.

 

Gaine-1930-La-Femme-de-France-copie-1.png

Gaine en satin broché saumon et tissu caoutchouté. Boutonnage devant encadré par deux baleines.

Le haut est en dentelle ocrée et forme soutien-gorge (1930, La Femme de France)

 

Gaine-1930-La-Femme-de-France-2.png

Gaine en satin saumon avec devant en tricot de soie caoutchouté, renforcé jusqu'à mi-hauteur par trois

baleines. Le haut en dentelle ocrée forme soutien-gorge (1930 La Femme de France)

 

Publicité 1930

 

 

 

Sources :

 

Se vêtir : art et histoire de plaire, par Jean-Louis Clade, Editions Cabedita, 2008

An intimate affair : women, lingerie and sexuality, Ed. University of California Press, 2007

Les secrets de la mode, par Yann Kerlau, Editions Perrin, 2013

Force et beauté, par Gilbert Andrieu, éditions Presses Universitaires de Bordeaux, 1992

Histoire de la lingerie, par Chantal Thomass et Catherine Örmen, Editions Perrin, 2009

 

Image 1 : Publicité 1930 : "Gaine Alpha"

 

(1) Avril 1923 Les Modes

(2) Avril 1921 La Femme de France

(3) Février 1922 La Femme de France

(4) Juin 1923 La Femme de France

(5) Avril 1930 La Femme de France

(6) Août 1932 Fémina

(7) Février 1934 Fémina

(8) Juin 1935 La femme de France

(9) Novembre 1935 Les Modes

(10) Novembre 1935 Les Modes

(11) Février 1935 Fémina

(12) Février 1936 Fémina

 

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25 mars 2013 1 25 /03 /mars /2013 14:18

 

marionetes-fause-haten000.jpg

 

Le 20 mars, le styliste Fause Haten organisait un défilé de marionnettes pour présenter sa collection été 2013.

Une idée novatrice mais qui n'est pas sans rappeler le Théâtre de la Mode en 1945. Comme en écho, le défilé de Fause Haten se déroulait dans un théâtre, le Théâtre FAAP de Sao Paulo au Brésil.


Dix-sept poupées hautes de soixante-dix centimètres, défilent sur le podium, guidées par les marionnettistes. A la fin du spectacle elles posent auprès des robes grandeurs nature.

Les marionnettes, conçues par Guilherme Pires, sont inspirées des visages de modèles réels : Naomi Campbel, Linda Evangelista, Kate Moss, Natalia Vodianova, Alek Wek, Juliane Moore, et bien d'autres.

 

Le défilé s'inscrit dans une histoire contée par Fause Haten, celle d'un conte de fées où des oiseaux aident les princesses à confectionner leurs robes de bal, avec toutes sortes de rubans, bouts de tissus, cristaux et tulles.

Le tout sur une scène couverte de fragments de miroirs jouant avec les reflets de ces princesses et de leurs habits colorés.

 

Fause-Haten-2013---AFP-PHOTO-_-Yasuyoshi-CHIBAYASU-copie-1.jpg

 

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Fause-Haten-2013---AFP-PHOTO-_-Yasuyoshi-CHIBAYASU-copie-5.jpg

 

Fause-Haten-2013---AFP-PHOTO-_-Yasuyoshi-CHIBAYASU-copie-8.jpg

 

Fause-Haten-2013---O-Mundo-Maravilhoso-do-Dr.-F-6.png

 

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Fause-Haten-2013---O-Mundo-Maravilhoso-do-Dr.-F-7.png

 

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Fause-Haten-2013---O-Mundo-Maravilhoso-do-Dr.-F-4.png

 

Fause-Haten-2013---O-Mundo-Maravilhoso-do-Dr.-F-9.png

 

Fause-Haten-2013---O-Mundo-Maravilhoso-do-Dr.-F-11-copie-1.png

 

 

Par ce court-métrage, Fause Haten présente la préparationdu défilé, qu'il intitule comme un conte de fées :“O Mundo Maravilhoso do Dr. F – Construindo Sonhos”.

 

 

Fause-Haten-2013---Francisco-Cepeda_AgNews.JPG

 

Fause-Haten-2013---Maria-Fernanda-Bastos.jpg

 

Sources :

  LeMonde.fr/Style 

  R7Entretenimento

  a.critica.com

  Just Lia

  Dasmarias

 

Sources images :

  Galerie de photos du défilé sur METRO

  Captures d'écran du film “O Mundo Maravilhoso do Dr. F – Construindo Sonhos”

 

Fause-Haten-2013---AFP-PHOTO-_-Yasuyoshi-CHIBAYASU-copie-4.jpg

 

 

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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 19:16

 

Affiche dessinée par Bérard

Affiche de l'exposition (Christian Bérard, 1945)

 

L'exposition parisienne

 

Le 27 mars 1945, le Théâtre de la Mode ouvre ses portes au public parisien. L'exposition se tient au Pavillon Marsan du Musée du Louvre.

 


Marcel-Rochas-a-l-entree-de-l-exposition-1945.jpg

Marcel Rochas devant l'entrée de l'exposition

 

Rue de Rivoli, la foule se presse à l'entrée du Pavillon, encadrée de gardes républicains. Passé la porte, les visiteurs sont accueillis par des jeunes filles qui distribuent les programmes du spectacle.

 

Programme-1945.jpg

 Programme de l'exposition - Illustration de Jean Cocteau 


« La foule était compacte, joyeuse aussi, car elle pouvait enfin se distraire après un hiver odieux au cours duquel Paris avait grelotté de froid, le ventre vide. L'envie d'être émerveillé se mesurait aux regards pétillants et aux chuchotements admiratifs. On était venu pour voir et être vu, comme aux plus belles heures de la saison parisienne. Des voilettes sur les yeux, les femmes gardaient leurs fourrures sur les épaules. »(1)

 

Le spectacle est magique. Une immense salle tendue de velours rouge ouvre l'exposition avec un théâtre peuplé des petites poupées vêtues de robes de soirée, les unes sur la scène, les autres au balcon, le tout éclairé par des rampes de théâtre. Puis ce sont deux salles successives décorées de tentures rouges, vertes et blanches, dans lesquelles sont nichées onze scénettes, « autant d'écrins d'une somptueuse et rare harmonie de couleurs »(2)

 

Le-theatre-de-Christian-Berard-1945.jpg

Le Théâtre de Christian Bérard

 

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Le Carrousel de Joan Rebull


« Un carrousel de sirènes et de chevaux côtoyait une grotte enchantée, les grilles du Palais-Royal voisinaient avec les façades de l'île de la Cité (...). Les seules lumières provenaient des maquettes, ce qui donnait à la réception une légèreté enivrante »(1). Le tout enveloppé par la musique de Henri Sauguet, compositeur de musiques de ballets.

 

Theatre-1945.jpg

 

Les spectateurs déambulent émerveillés dans un silence religieux, s'amassant autour des décors.

« Le temps d'une visite, on oublie que la pénurie est toujours là, frappant la quasi-totalité de la population, pour applaudir aux dernières réalisations de la couture. »(3)

 

Exposition-Theatre-de-la-mode-1945-Paris-.jpg

Après quatre longues années d'Occupation, les Parisiens, en manque de distractions et assoiffés de luxe et de beauté, accourent jour après jour au Pavillon Marsan.

Le succès est immense. Le tout Paris est là. Plus de cent mille visiteurs viennent admirer le Théâtre et l''Entraide Française n'obtient pas moins d'un million de francs en quelques semaines.  Une véritable petite fortune en ces temps difficiles.

Par cette manifestation, la Chambre Syndicale de la Haute Couture donne l'espoir d'un renouveau possible, montrant aux Parisiens qu'en cette période trouble et même si la guerre n'est pas terminée, la vie peut reprendre son cours.

De même, le Théâtre de la Mode prouve au public que la Haute Couture française n'est pas morte. Il se révèlera la manifestation la plus représentative de la splendeur de la mode parisienne.

 

La tournée

Après un tel succès, il est décidé de poursuivre l'exposition à travers l'Europe : Londres, Barcelone, Stockholm, Copenhague, Vienne.

 
Image--1.png

Affiche de l'exposition de Londres en 1946


« Après avoir été admirées, fêtées par le Tout Paris, les Ambassadrices de la Mode, couchées dans des coffres moelleux, vont s'endormir pour traverser les mers … Elles se réveilleront sous des cieux lointains, elles redresseront leurs petits bras frêles, feront bouffer leurs robes satin couleur du temps. »(4)

 

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L'Officiel de la Mode n°291-292 de 1946

 

Au printemps suivant en 1946, le Théâtre se prépare à poursuivre sa tournée vers les Etats-Unis. Dans l'espoir de reconquérir le marché américain, la Haute Couture parisienne revêt les petites poupées d'habits neufs issus de la collection printemps-été 1946. Et pour ajouter à leur beauté, de grands noms de la bijouterie, dont Van Cleef & Arpels, Cartier, Mauboussin, Lesage et Chaumet, leur offrent des bijoux à leur taille.

 

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Bijoux Cartier, Van Cleef & Arpels, Mauboussin (Affiche de Lucha Truel pour le Théâtre de la Mode)

 

New-York, San Francisco. « Eblouie, l'Amérique découvre après la France et L'Europe que la mode française n'a rien perdu de sa vitalité et qu'elle est toujours à l'avant-garde. »(3)

 

Après l'exposition

 

L'exposition terminée, les bijoux repartent à Paris, tandis que les décors sont perdus ou détruits.

Les poupées et leurs costumes sont alors stockés dans les caves du grand magasin de City of Paris à San Francisco.

 


30-juillet-1952--Oregon-Journal---Maryhill.jpg

Oregon Journal - 30 juillet 1952

 

En 1952, les poupées du Théâtre de la mode terminent leur voyage au Museum of Art de Maryhill à Goldendale, près de Washington. Quant aux tenues présentées en 1945, elles ont toutes disparu.

 

Une nouvelle tournée

 

Preparation-Theatre-de-la-Mode-1990s.jpg

Préparation de l'exposition de la seconde tournée - Starbulletin.com


Quarante-cinq ans plus tard, de 1990 à 1995, le Théâtre de la Mode est ressuscité pour une nouvelle tournée de sept ans, en commençant par le Pavillon Marsan, puis à New-York, Baltimore, Portland, Honolulu, Tockyo, Londres ... Pour cette occasion, de longues années ont été nécessaires pour reconstituer les décor et restaurer les quelques cent soixante-dix poupées restantes.

Alors « les belles endormies se sont réveillées dans leurs toilettes des collections printemps-été 1946 et, avec elles, la nostalgie d'un passé défunt. »(3)

 

Eliane-Bonabel-en-1991.jpg

Eliane Bonabel en 1990


C'est cette version du Théâtre de la Mode que vous pouvez aujourd'hui admirer au Museum of Art de Maryhill.

 

Maryhill-Theatre-copie-1.jpg

 

Maryhill-Ma-femme-est-une-sorciere.jpg

 

Doll-s-heads.jpg

 

Doll-s-parts.jpg

 

Doll-s-shoes.jpg

 

 

Sources :

 

(1) Tous les rêves du monde, Par Théresa Révay, Ed.Belfond, 2010

(2) Le Théâtre de la Mode, article de Roger-M.Chevenard, 1945

(3) Le Théâtre de la mode ou le renouveau de la couture création à la Libération, par Dominique Veillon (Vingtième siècle. Revue d'histoire. Année 1990)

(4) L'Ambassade de la Mode, par P. Schall

 

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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 01:05

Le-Theatre-de-la-Mode---Christian-Berard.jpg

 

 

En 1945 deux cent petites poupées vêtues par les plus grands couturiers parisiens vont devenir les ambassadrices du renouveau de la Haute Couture française.

Dans la France en ruine, le projet du Théâtre de la Mode, initié pour venir en aide aux victimes de la guerre, se révèlera un événement décisif de l'histoire de la haute couture française.

 

 

Paris, octobre 1944. Deux mois après la Libération de Paris, alors que la guerre n'est pas encore terminée, la France est durement touchée par les pénuries et les restrictions, et le climat particulièrement froid de l'hiver 1944 augmente encore les difficultés du quotidien.

 

Liberation-de-Paris.-Convoi-de-ravitaillement-sur-copie-1.jpg

 

Avant guerre, la Haute Couture française vivait une période florissante, avec près de soixante-dix grands couturiers parisiens, mais la guerre y a mis un terme. Le secteur de la mode n'a pas été épargné  par la guerre et l'Occupation. De nombreuses maisons de couture ont fermé ou sont à l'agonie.Fuite d'une grande partie de leur clientèle, ralentissement des échanges internationaux,auxquels s'ajoute la tentative des Nazis de déplacer la capitale de la mode à Berlin et à Vienne. 

 

Pourtant , malgré cette ambiance de rigueur, la Libération avait apporté l'espoir de temps meilleurs, et les couturiers sont prêts à apporter un nouveau souffle à l'industrie de la mode.

 

Liberation-copie-1.jpg

 

Naissance du projet

 

Dans le but de recueillir des fonds pour les victimes de la guerre, l'Entraide Française demande à Lucien Lelong, président de la Chambre Syndicale de la Haute Couture Française, de mettre en place une vaste opération qui participerait également à la promotion de la mode parisienne.

 

Lucien Lelong Le Théâtre de la mode Paris 1945 Béla Bern

Lucien Lelong 

 

Lucien Lelong en confie l'organisation à Robert Ricci, fils de Nina Ricci, et à Paul Caldaguès, journaliste de mode.

Le premier a l'idée d'une présentation de la mode à travers un petit théâtre constitué de plusieurs scénettes. C'est le second qui imagine de petites poupées habillées par de grands couturiers.

Ainsi l'idée du petit Théâtre de la Mode prend forme, dont la taille se prête mieux qu'un défilé grandeur nature aux conditions difficiles de l'époque.

 

Le choix du directeur artistique se porte sur l'artiste aux multiples talents Christian Bérard, qui travaillera aux côtés de Boris Kochno. Peintre et illustrateur, scénographe, décorateur, costumier, Bérard est un des favori des cercles parisiens à la mode, et c'est à ses amis artistes qu'il fait appel pour concrétiser le projet. Onze artistes qui vont créer une dizaine de décors différents, mélange cosmopolite de noms prestigieux et de jeunes prodiges, de Français et de réfugiés venus d'Espagne et de Russie,. Tous ensemble ils vont associer leurs talents dans un même projet.

 

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Christian Bérard et Boris Kochno

 

Conception des poupées

 

La création des petites poupées est confiée à la jeune illustratrice Eliane Bonabel.

Elle dessine alors des petites poupées dont la quasi transparence des corps mettra en valeur vêtements et accessoires.

 

Eliane-Bonabel.jpg

Eliane Bonabel


A partir de ces croquis, le sculpteur Jean Saint-Martin crée en fil de fer les corps des poupées, tout en légèreté et souplesse. Ce matériau est aussi choisi pour sa grande disponibilté dans les rues de Paris après l'Occupation des Nazis.

Sous les mains du sculpteur, le fil de fer est tordu, étiré, plié, soudé, pour former peu à peu des petits corps de femmes de xoixante-dix centimètres de hauteur.

 

Jean-Saint-Martin-par-Bela-Bernand-1945.png

Jean Saint-Martin


Jean-Saint-Martin-et-Eliane-Bonabel.jpg

Jean Saint-Martin et Eliane Bonabel


Les visages des poupées sont sculptés en plâtre par Joan Rebull, réfugié catalan. Blancs et sans maquillages, elles ont l'air de statues mélancoliques.

 

Joan-Rebull-1945-copie-1.jpg

  Joan Rebull


Enfin, pour parfaire l'ensemble, de grands noms de la coiffure élaborent des coiffures différentes pour chacune des poupées.

 

Le-Theatre-de-la-mode-Paris-1945-coiffures.png

 

Coiffures-Theatre-d-ela-mode.jpg

 

Les poupées ainsi faites seront habillées, chaussées, avant de prendre place dans les petites scènes aux décors merveilleux, pour former un spectacle qui semble sorti d'un rêve.


Au-travail.jpg


Conception des costumes et accessoires

 

Une quarantaine de maisons de couture sont appelées à participer à l'opération, dont les prestigieux Elsa Schiaparelli, Jacques Fath, Jean Patou, Marcel Rochas, Hermès, Nina Ricci, Balenciaga, Worth, Carven, Jeanne Lanvin, Madame Grès, Pierre Balmain, Jacques Fath, et bien d'autres.

 

Jacques-Fath-1945-copie-1.pngJacques Fath

 

Madame-Carven-1945.png

Madame Carven

 

Madeleine-de-Rauch-1945.png


 

Maggy-Rouff-1945-copie-1.jpg

Maggy Rouff

 

Marcel-Rochas-1945.png

Marcel Rochas

 

Nina-Ricci-1945.png

Nina Ricci

 

Robert-et-Nina-Ricci-Le-Theare-de-la-mode-Paris-1945-Bel.png

Robert et Nina Ricci


Chaque couturier va fournir gracieusement les tissus et autres matériaux, et s'engage à produire bénévolement une à cinq tenues. Au total, 170 tenues présenteront le nouveau style de 1945

L'ensemble de leurs employés sont impliqués dans le projet.

 

Au-travail-2-copie-copie-1.jpg 

Une trentaine de modistes des plus talentueux vont confectionner de petits chapeaux à l'échelle des poupées, ajustés sur des minuscules moules en bois, coupés et recoupés pour s'ajuster au millimètre près sur les petites têtes.

 

Modiste-Theatre-de-la-Mode.jpg


Au final, toilettes de ville, d'après-midi, du soir, et chaque accessoire qui les accompagne, sont réalisés avec minutie pour en faire des répliques exactes, versions miniaturisées des modèles originaux. Aucun détail ne manque, tout est réalisé à la perfection.

 

Le-Theatre-de-la-Mode-Poupees-1.jpg

  

Poupees-Theatre-de-la-Mode-2.jpg

  Poupees-Theatre-de-la-mode-3.jpg

 

Les finitions sont extrêmement soignées. Des dessous de soie sont cousus pour que être portés sous les robes. Les minuscules boutons se boutonnent et déboutonnent sur de véritables boutonnières. Les poches des vêtements sont de vraies poches. Les petits parapluies s'ouvrent et se ferment. Les gants miniatures sont délicatement brodés. Des ceintures minuscules, des petites fleurs et des ornements de plumes sont réalisés. Et dans les petits sacs à main, on trouve des petits porte-monnaies et de tout petits poudriers.

 

Gants-et-sac.png

 

Enfin, les petites chaussures sont fabriquées à l'identique des modèles grandeur nature, chaque paire étant spécialement choisie pour chaque tenue.

 

Chaussures---Theatre-de-la-Mode.jpg

 

Le travail est énorme. Et tout cela malgré les privations, les rationnements, la pénurie, et le froid.
Malgré le manque de fournitures et matériaux : le tissu manque, tout comme le cuir, et les maisons de couture vident leurs stocks de coupons. Les fils colorés sont introuvables, il faut se procurer du fil blanc avant de le teindre. Même les aiguilles sont rares.

Malgré les rations alimentaires tout juste suffisantes, les coupures d'électricité incessantes, le manque de chauffage dans des ateliers froids en plein hiver, l'eau glacée où il fallait tremper les peaux, l'obligation de venir travailler à pied à vélo.

Malgré toutes les difficultés, tous, artistes et artisans se jettent avec enthousiasme dans la réalisation du projet.

 

Le-Theare-de-la-mode-Paris-1945-Bela-Bernand---preparat.png

 

Sources :

 

Le Théâtre de la mode ou le renouveau de la couture création à la Libération, par Dominique Veillon (Vingtième siècle. Revue d'histoire. Année 1990)  

L'Ambassade de la Mode, par P. Schall  

Le Théâtre de la Mode, article de Roger-M.Chevenard, 1945  

The Fashion Doll, par Juliette Peers, 2004, Edition Berg

Gypsy and the Traveler
Le blog de Denise Brain
Poupendol
Phoenix Art Museum
The Fashion Doll Review
Wikipédia
Domidoll
The Cutting Class
Remember
Mendofleur : Vintage Textiles
MarketingInVogue
Art Fashion Creation
Artifex Almanach
Drouot.com 
ParisOriginal
Fashion-Incubator
Mode et Luxe : Images et réalités de la nouveauté, par Serge Carreira

    

Photos :
Galerie Flickr de photos de Béla Bernand

Livre :
Fashion Dolls : The Survival of Haute Couture , collectif

Films :
Le Théâtre de la Mode, par Telos Production
Théâtre de la mode at the Phoenix Art Museum
 
Diaporama :
Fashion & Style : Théâtre de la mode
 

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8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 20:25

--The-Dress-of-a-Thousand-Godets---New-York-Augu-copie-1.jpg

« The Dress of a Thousand Godets » New York August 1963.

Dress by Norman Norell - Photo Norman Parkinson

 

1955Dinner-dress-Traina-Norell.jpg

Diner dress - Traina-Norell 1955

 

Robes-noires-1952-53-Traina-Norell.jpg

Traina-Norell 1952-53

 

Robes-noires-Traina-Norell-1953-55.jpgTraina-Norell 1953-55

 

1957Cocktail-dress-Traina-Norell.jpg

Cocktail dress - Traina-Norell 1957

 

Black-dresses-Traina-Norell-1950s.jpg

Traina-Norell - 1950s

 

Cocktail-dresses-Traina-Norell-1953-1959.jpg

Cocktail dresses Traina-Norell 1953 &1959

 

1961Evening-dress-Norman-Norell-.jpgEvening dress - Norman Norell 1961

 

Robes-noires-Norman-Norell-1972-1973.jpg

Norman Norell 1972-1973

 

Composite-of-Model-Dorian-Leigh-Wearing-Dress-and-Jacket-De.jpgModel Dorian Leigh Wearing Dress and Jacket Design by Traina Norell 

  Photo by Gjon Mili

 

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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 20:30

Evening-dress--House-of-Worth-1905.jpgRobe de soirée - Maison Worth - 1905

 

Dress-House-of-Worth-1900.jpg

Robe - Maison Worth - 1900

 

Evening-dress--House-of-Worth-1902.jpg

Robe de soirée - Maison Worth - 1902

 

Ball-gown-House-of-Worth-1900.jpg

Robe de bal - Maison Worth - 1900

 

Tea-gown-House-of-Worth-1900.jpgRobe pour le thé - Maison Worth - 1900

 

Ball-gown-House-of-Worth-1903.jpgRobe de bal - Maison Worth - 1903

 

Walking dress House of Worth 1902Robe pour la promenade - Maison Worth - 1902

 

Source : The Metropolitan of Art

 

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4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 18:25

Robes-longues-Madeleine-Vionnet-1938-1939-3.jpg

 

Robes-longues-Madeleine-Vionnet-1938-1939-4.jpg

 

Tailleurs-Madeleine-Vionnet-1938-1939.jpg

 

Manteaux-Madeleine-Vionnet-1938-1939.jpg

 

Robes-longues-Madeleine-Vionnet-1938-1939-1.jpg

 

Robes-longues-Madeleine-Vionnet-1938-1939-2.jpg

 

Robes-longues-Madeleine-Vionnet-1938-1939-5-.jpg

 

 

Madeleine-Vionnet.jpg

 

Source :

Image-10.png

 

 

 

 

 

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