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Les blogs 2016 qui inspirent les femmes actives
17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 22:55

 

Vicomtesse-Barrington-drawn-by-Hayter-engraved-by-Mote-1850.png

 

Conseils à une Parisienne

Oui, si j'étais femme, aimable et jolie,
Je voudrais, Julie,
Faire comme vous ;
Sans peur ni pitié, sans choix ni mystère,
A toute la terre
Faire les yeux doux.

Je voudrais n'avoir de soucis au monde
Que ma taille ronde,
Mes chiffons chéris,
Et de pied en cap être la poupée
La mieux équipée
De Rome à Paris.

Je voudrais garder pour toute science
Cette insouciance
Qui vous va si bien ;
Joindre, comme vous, à l'étourderie
Cette rêverie
Qui ne pense à rien.

Je voudrais pour moi qu'il fût toujours fête,
Et tourner la tête,
Aux plus orgueilleux ;
Être en même temps de glace et de flamme,
La haine dans l'âme,
L'amour dans les yeux.

Je détesterais, avant toute chose,
Ces vieux teints de rose
Qui font peur à voir.
Je rayonnerais, sous ma tresse brune,
Comme un clair de lune
En capuchon noir.

Car c'est si charmant et c'est si commode,
Ce masque à la mode,
Cet air de langueur !
Ah ! que la pâleur est d'un bel usage !
Jamais le visage
N'est trop loin du coeur.

Je voudrais encore avoir vos caprices,
Vos soupirs novices,
Vos regards savants.
Je voudrais enfin, tant mon coeur vous aime,
Être en tout vous-même...
Pour deux ou trois ans.

Il est un seul point, je vous le confesse,
Où votre sagesse
Me semble en défaut.
Vous n'osez pas être assez inhumaine.
Votre orgueil vous gêne ;
Pourtant il en faut.

Je ne voudrais pas, à la contredanse,
Sans quelque prudence
Livrer mon bras nu ;
Puis, au cotillon, laisser ma main blanche
Traîner sur la manche
Du premier venu.

Si mon fin corset, si souple et si juste,
D'un bras trop robuste
Se sentait serré,
J'aurais, je l'avoue, une peur mortelle
Qu'un bout de dentelle
N'en fût déchiré.

Chacun, en valsant, vient sur votre épaule
Réciter son rôle
D'amoureux transi ;
Ma beauté, du moins, sinon ma pensée,
Serait offensée
D'être aimée ainsi.

Je ne voudrais pas, si j'étais Julie,
N'être que jolie
Avec ma beauté.
Jusqu'au bout des doigts je serais duchesse.
Comme ma richesse,
J'aurais ma fierté.

Voyez-vous, ma chère, au siècle où nous sommes,
La plupart des hommes
Sont très inconstants.
Sur deux amoureux pleins d'un zèle extrême,
La moitié vous aime
Pour passer le temps.

Quand on est coquette, il faut être sage.
L'oiseau de passage
Qui vole à plein coeur
Ne dort pas en l'air comme une hirondelle,
Et peut, d'un coup d'aile,
Briser une fleur.



Alfred de Musset ((1810-1857)

 

 

Image : Gravure ancienne dessinée par J. Hayter, gravée par W. H. Mote - 1850 - Portrait de la Vicomtesse Barrington

 

 

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Published by Mélanie - dans Artistes
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commentaires

linou33 22/04/2012 19:34

Alfred de Musset et les femmes ... toute une histoire. Il les aimait et les détestait à la fois. A lire absolument "La Confession d'un enfant du siècle".
Très joli blog

Mélanie 23/04/2012 10:40



Merci, je le mets dans la liste de mes prochaines lectures !



Aizen 22/03/2012 12:29

C'est si joliment dit...il n'y a rien de plus doux qu'un homme qui choisi une muse pour lui dédier un poème.

Mélanie 22/03/2012 18:51



De bien douces paroles, oui ...



eMmA 18/03/2012 10:41

Mélanie,

Je dois tout de même préciser que nos amis George et Alfred étaient certes, des esprits brillants, mais également quelque peu "coquins" (à lire : une phrase sur deux)...

J'espère que toi et tes aminautes ne seront pas choqués. Il y a prescription !

Bon diMAnche à tous,
eMmA

Mélanie 18/03/2012 12:34



Ah, qu'ils étaient espiègles ;) !


Bisous et bon dimanche à toi eMma



Gentleman w 18/03/2012 08:50

Que la douceur est bonne à lire de bon matin.

Mélanie 18/03/2012 10:35



Bonne journée cher Gentleman



eMmA 18/03/2012 07:02

Ton blog est tout en finesse et en beauté... Une vraie pause que de s'y promener !

Alfred de Musset est un maître en matière de lettres amoureuses et mon amour pour George Sand me l'a souvent fait lire.

Connais-tu cettre de Alfred de Musset à George Sand ?

Quand je mets à vos pieds un éternel hommage
Voulez-vous qu'un instant je change de visage ?
Vous avez capturé les sentiments d'un cour
Que pour vous adorer forma le Créateur.
Je vous chéris, amour, et ma plume en délire
Couche sur le papier ce que je n'ose dire.
Avec soin, de mes vers lisez les premiers mots
Vous saurez quel remède apporter à mes maux.

Cette lettre vient en réponse à celle de George Sand :
Je suis très émue de vous dire que j'ai
bien compris l'autre soir que vous aviez
toujours une envie folle de me faire
danser. Je garde le souvenir de votre
baiser et je voudrais bien que ce soit
là une preuve que je puisse être aimée
par vous. Je suis prête à vous montrer mon
affection toute désintéressée et sans cal-
cul, et si vous voulez me voir aussi
vous dévoiler sans artifice mon âme
toute nue, venez me faire une visite.
Nous causerons en amis, franchement.
Je vous prouverai que je suis la femme
sincère, capable de vous offrir l'affection
la plus profonde comme la plus étroite
en amitié, en un mot la meilleure preuve
dont vous puissiez rêver, puisque votre
âme est libre. Pensez que la solitude où j'ha-
bite est bien longue, bien dure et souvent
difficile. Ainsi en y songeant j'ai l'âme
grosse. Accourrez donc vite et venez me la
faire oublier par l'amour où je veux me
mettre.

Ah quand deux brillants esprits se rencontrent...

Mélanie 18/03/2012 10:34



C'est maginfique et très touchant. Merci à toi pour ce beau moment !